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L'avenir politique au Mali: la logique et le calcul
KÀLIFA - 2007-01-17 10:07:08

Un épilogue qui s'éternise. C'est sous cette forme que se dessine le proche avenir du consensus politique malien. Celui-ci préservera certainement jusqu'au bout sa singularité qui défie les grilles traditionnelles d'analyse et bouscule les projections des politologues. Le consensus n'est pourtant totalement imprévisible dans le cheminement qui le mène à son extinction. Seulement, il accumule ces derniers temps les paradoxes et les contradictions. Aujourd'hui, il est tout à la fois facteur de stabilité et porteur d'interrogations. Il a prévenu pendant quatre ans des affrontements stériles, mais frôle à présent la tactique de l'édredon en s'accommodant d'une confrontation ouverte déclenchée par le RPM. Il se prolonge en apparence à travers l'appui affirmé par de nombreuses formations politiques en faveur d'une candidature éventuelle du président Touré, mais laisse pour le moment en suspens une questionnement majeur sur le rôle des partis ténors dans la période 2007-2012. Le consensus entame donc son dépérissement ainsi qu'il avait amorcé sa naissance : dans l'acceptation tacite de certaines réalités et dans la mise en veilleuse délibèrée des divergences. Mais ce modus vivendi n'est pas tenable jusqu'aux élections et l'heure des clarifications sonnera inévitablement.
Beaucoup avaient d'ailleurs cru que le temps des ruptures était venu avec l'affrontement déclenché autour des accords d'Alger. Le RPM avait ouvert les hostilités en marquant clairement sa désapprobation quant aux choix gouvernementaux et en qualifiant en des termes très durs la démarche conciliatrice des autorités. Une déclaration des Tisserands signée (fait extrêmement rare) par leur président lui-même, une prise de position sans ambiguïté lue par le président du groupe parlementaire après le passage à l'Assemblée nationale du général Kafougouna Koné et un discours structurant la vision RPM à l'ouverture la Conférence nationale du parti avaient été autant de jalons posés dans un positionnement très offensif par rapport aux thèses du président de la République. La vision des Tisserands, s'il faut la résumer sommairement, repose sur deux arguments.

À double tranchant - Primo, la conviction que la mutinerie du 23 mai appelait de par la gravité des actes posés une réponse de fermeté, et non une approche de conciliation. Secundo, l'exigence de faire passer les accords au crible de la représentation nationale afin d'obtenir l'approbation préalable de celle-ci. Pour le Rassemblement, les accords d'Alger résultent donc essentiellement d'une démarche solitaire du chef de l'État et par leurs implications, ils attentent gravement à l'unité nationale ainsi qu'à l'autorité de l'État. Les Tisserands n'ont pas hésité à aller aussi loin que possible dans la critique, car ils se savaient en phase avec la frustration quasi générale avec laquelle avaient été accueillis les accords aussi bien dans l'opinion publique qu'au sein des forces armées.
La stratégie de prise de distance d'avec les autorités, mise en route depuis plusieurs mois par le RPM, s'est donc dotée d'accents nettement plus durs et beaucoup s'attendaient que lors de leur Conférence nationale les Tisserands franchissent le point de non retour en entérinant la candidature attendue de Ibrahim B. Kéita à la prochaine présidentielle et surtout en retirant leurs ministres du gouvernement. Mais la moitié du chemin seulement a été franchie. Tout comme cela s'était passé en octobre 2005 après le coup de force réalisé à son détriment au niveau du bureau de l'Assemblée Nationale, le Rassemblement n'est pas allé jusqu'au bout de la logique d'opposition explicite. Il a maintenu ses représentants au sein de l'Exécutif, abandonnant ipso facto au chef de l'État la responsabilité de les en exclure, et donc de poser un acte qui serait interprété comme une initiative hostile au RPM et comme une sanction de celui-ci par rapport à ses positions anti-accords.
Les Tisserands auraient dans ce cas tout loisir de présenter la sortie de leurs ministres comme une preuve supplémentaire de l'ostracisme cultivé par les autorités à leur endroit et de la crainte que suscite la candidature de leur président. Formellement, la décision peut sembler habile, mais en réalité, elle se révèle à double tranchant. La preuve en est que la non décision de la Conférence lui vaut un accueil très réservé de la part aussi bien d'une bonne partie des militants RPM que des citoyens maliens. Pour les premiers, remontés à bloc par les déclarations de leurs responsables à propos d'Alger, l'heure des finasseries est passée et il faut désormais privilègier les actes qui mettraient le président Touré sur la défensive. L'opinion, elle, trouve étrange le coup de frein donné par l'instance du RPM au moment où le parti donnait l'impression d'aller à une franche confrontation et de larguer toutes les amarres d'avec le chef de l'État. Le paradoxe ainsi créé entre une rhétorique extrêmement ferme et un comportement politique plus ambigu (maintenir sa représentation au sein d'un Exécutif qui ne trouve plus grâce à ses yeux) sera de plus en plus délicat à assumer par le parti s'il veut demeurer dans la ligne de la critique radicale.

Une fêlure de taille - En attendant, la priorité du RPM est de gèrer un thème populaire sur lequel il embarrasserait durablement le président Touré. L'exercice n'est pas des plus simples. La vague émotionnelle qui s'était dressée contre les accords d'Alger est nettement retombée et si le fond de frustration subsiste toujours, la plupart de nos compatriotes acceptent tacitement d'attendre et de juger sur pièces. C'est à dire d'apprécier la sincérité des autorités à travers les premières mesures de mise en œuvre des accords. Pour eux, le désarmement effectif des insurgés, une composition acceptable des unités spéciales, la répartition équitable des efforts de développement en faveur de toutes les populations de notre pays et surtout l'absence de traitement préférentiel pour les responsables les plus connus des actes de violence seraient autant de preuves qu'Alger n'a pas consacré la prime à l'inacceptable. Aucun doute que les Tisserands seront eux également à l'affût de tout indice qui pourrait apparaître comme une compromission révoltante et qui serait immédiatement utilisable dans la tactique de harcèlement qu'ils ont déclenchée.
Ainsi que nous le prévoyions dans une précédente chronique, la pré-campagne qui s'annonçait relativement calme avec le ralliement de l'URD à une éventuelle candidature du président Touré, pourrait finalemant s'avèrer beaucoup plus agitée qu'annoncé. Les Tisserands, qui doivent obligatoirement élargir leur audience dans les tout prochains mois, n'ont d'autre choix que d'embrayer sur tout ce qui dans l'opinion publique pourrait s'assimiler à la déception et à du mécontentement. Le procédé a ses dangers, il expose inéluctablement le RPM aux excès et lui fera parfois frôler le contestable. Mais répétons-le, pour imposer son leader comme seule alternative véritable à l'actuel président de la République, le Rassemblement ne peut éviter de forcer le trait et de radicaliser le propos. Car c'est l'unique manière pour lui de rester audible et visible. Mais pourra-t-il dans ce jeu de la tension permanente préserver sa crédibilité et surtout acquérir une capacité fédératrice ? Tout dépendra de la conjoncture et du savoir-faire politique du parti. De la conjoncture, puisque seule la dégradation de celle-ci fournira des munitions aux Tisserands. Du savoir-faire du Rassemblement lui-même, puisque la nature du Malien ne le prédisposant pas à accepter l'excessif, le radicalisme devra être utilisé avec habileté afin de ne pas provoquer en retour la lassitude et l'exaspération du public.
Avant de s'éteindre, le consensus politique révèle déjà une fêlure de taille : il expérimente un avatar que s'était évité la première mandature de la IIIè République. En 1994, lorsque la rébellion ralluma ses feux au Septentrion en dépit de la signature du Pacte national, toute la classe politique avait tacitement accepté de mettre la question du Nord Mali hors du champ de la polémique politique. Mieux, majorité et opposition s'étaient spontanément retrouvées pour organiser un meeting unitaire (le seul qu'ait connu notre pays jusqu'aujourd'hui) au palais de la Culture afin de réaffirmer leur attachement commun à l'unité nationale, à l'intégrité territoriale et à la résolution pacifique du conflit. Il est vrai qu'à l'époque les élections générales se trouvaient à trois ans d'encablure. Le terme était assez lointain pour que la retenue, voire le scrupule ne relèvent pas du luxe politique.




 

 

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